Pauline Martinot - médecin et doctorante en neuroscience, au sein de l’école doctorale FIRE, au Learning Planet Institute
Les jeunes au coeur d’une mission ministérielle de santé - entretien avec sa co-autrice Pauline Martinot
Entretien avec Pauline Martinot - médecin et doctorante en neuroscience, au sein de l’école doctorale FIRE au Learning Planet Institute - co-autrice du rapport de mission ministérielle sur la promotion de la santé auprès des jeunes
07 07 2022
★ santé santé #health phd youth mental health education fire doctoral school

En septembre dernier, Pauline Martinot - médecin et doctorante en neuroscience, au sein de l’école doctorale FIRE au Learning Planet Institute - et Aude Nyadanu - entrepreneure & fondatrice de Lowpital - ont soumis un rapport, sur une demande du Ministre de la Santé, sur la promotion de la santé auprès des jeunes. Un travail considérable réalisé en 3 mois avec une équipe de bénévoles motivé.e.s et une méthodologie inédite pour ce genre de rapport.


En juin 2021, Olivier Véran, Ministre des Solidarités et de la Santé en France, confie une mission ministérielle sur la promotion de la santé chez les jeunes à Pauline Martinot - médecin en santé publique, doctorante au sein de l’école doctorale FIRE (Université Paris Cité, Université PSL, Learning Planet Institute) en neurosciences, fondatrice de l’association Imhotep et fondatrice du groupe de réflexion (think tank) Les Ateliers Mercures - et Aude Nyadanu - entrepreneure et fondatrice de Lowpital. Le format est libre et le seul impératif donné par le Ministre : “pas de tabou !”. Ensemble, Pauline et Aude deviennent co-porteuses du rapport de mission Santé Jeunes “Pour une culture de la promotion de la santé chez les jeunes en France”, rendu public en mars 2022. Pauline revient sur son expérience :

"Cette mission répondait à ma raison d’être. Ça fait des années que je me disais que nous avons besoin d’enclencher un virage du tout curatif vers la promotion de la santé en France. (...) C’est pour ça que j’ai fait médecine.”, Pauline Martinot

En matière de santé, notamment chez les jeunes, l’enjeu n’est pas seulement de bien guérir, mais de prévenir et de valoriser la santé de chacun.e. Dans ce rapport et à travers les solutions proposées, les co-autrices s’attachent à rétablir un concept positif de la santé auprès des jeunes, loin de notre vision de la santé centrée sur les soins, l’hôpital, etc et d’un discours basé sur la peur et l’inquiétude des maladies.

“Être en bonne santé, c’est bien avant d’aller à l’hôpital ou d’aller voir un médecin !” rappelle Pauline.

Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), la santé [1] est “un état de complet bien-être physique, mental et social”, qui “ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité”. La confiance en soi et le sentiment d’inclusion dans la société sont deux fondamentaux pour prendre soin de soi. Ces 2 éléments sont essentiels pour développer une bonne santé mentale et pour avoir l’énergie de mener des projets, de s’ouvrir aux autres. Cela résonne avec les quatre piliers NAPSO en santé : nutrition, activité physique, sommeil et optimisme. Sans confiance en soi et en sa place dans la société, il est plus difficile d’activer ces piliers et de reconnaître sa propre valeur, et enfin de faire attention à soi et à sa santé. Développer le bien-être des jeunes à titre individuel et développer le sentiment d’inclusion de ces jeunes dans la société sont donc essentiels pour améliorer la santé des jeunes.

Comment faire pour développer une société dans laquelle les jeunes ont confiance en eux, dans laquelle iels se sentent inclus.e.s, et comment communiquer auprès d’eux en matière de santé ?

Pauline et Aude, toutes deux instigatrices de projets interdisciplinaires et basés sur l'intelligence collective, ont naturellement proposé une méthodologie innovante pour ce genre d’exercice : consulter, écouter et co-construire. Pendant 3 mois, elles et leur équipe de bénévoles sont allées à la rencontre des premier.e.s concerné.e.s - jeunes, professionnel.le.s de santé et d’éducation, de l’administratif et du politique, parents - dans l’idée d’entendre et de rapporter les enjeux mais aussi de collaborer avec les publics bénéficiaires des politiques publiques pour la promotion de la santé chez les jeunes.

Une méthodologie innovante

Donner la parole aux premier.e.s concerné.e.s : les jeunes

Entourées d’une équipe jeune et engagée, Pauline et Aude se mettent rapidement au travail - lectures de travaux académiques, définition des publics, questionnaires, interviews individuelles et collectives, boîte à idées, etc - pour finaliser et remettre leur rapport au Ministre en Septembre 2021 (en 3 mois !). Issue du design-thinking, leur approche est profondément axée sur l’humain, sur les acteur.rice.s et relais de la santé auprès des jeunes et sur les jeunes eux.elles-mêmes.
Dès le départ, les porteuses du projet prennent le parti de rétablir un dialogue avec les jeunes et surtout de les écouter. L’hétérogénéité des publics “jeunes” oblige l’équipe à définir des profils types selon l’âge, le lieu de vie, le type de médias consommés, la situation socioprofessionnelle des parents, etc. Une attention particulière est apportée aux NEET (“neither in employment nor in education or training” / ni en emploi, ni en études, ni en formation) qui représentent près de 13% des 15-29 ans en France en 2019 [2] ! Au total, 67 jeunes, âgé.e.s de 12 à 25 ans, et de toute la France sont interrogé.e.s.

Une approche interdisciplinaire : consulter les professionnel.le.s qui côtoient les jeunes en France


Au-delà des jeunes, ce sont les professionnel.le.s de terrain, les expert.e.s qui travaillent auprès et pour les jeunes que l’équipe a sollicités. 197 professionnel.le.s de l’éducation, de la santé, du politique, de la communication, de l'administration des structures (publiques, privées, associatives) œuvrant pour les jeunes, de la petite enfance à l’âge adulte, ont répondu au questionnaire créé Pauline, les équipes d’Imhotep et avec l’aide d’Ines Gravey (designer en santé). Plusieurs ministres et secrétaires ont également été interviewé.e.s. La consultation et la mobilisation de cette intelligence collective et interdisciplinaire vont au-delà des frontières grâce à une consultation en ligne. Diffusée très largement et ouverte à tou.te.s, en français et en anglais, elle a permis de faire émerger des solutions, des initiatives locales adaptables à d’autres territoires ou à d’autres échelles.

“C’était très intense ! (...) J’ai adoré faire toutes ces rencontres. Et à chaque fin d’interview, je me disais que toutes les solutions sont là, dans chaque citoyen. Il manque “juste” parfois une remontée des infos, des choses concrètes, pour que ça marche.”, Pauline Martinot

Grâce à une mise en confiance des interviewé.e.s en amont des questionnaires et à des questions très ouvertes, l’équipe de volontaires du projet a recueilli des témoignages très qualitatifs et des verbatims intéressants. La multitude des réponses et la diversité des profils interrogés permettent de dresser un paysage sinon complètement exhaustif du moins représentatif des enjeux dans la promotion de la santé auprès des jeunes.

Pauline Martinot à l'Élysée, 2021


Un besoin d’engagement et d’interdisciplinarité

Défiance et manque de confiance en soi


Les réponses des jeunes aux questionnaires concernant la vision de leur futur soulignent d’abord quelques tendances : les profils les plus favorisés socialement - et sans tomber dans la caricature - sont très pessimistes en rapport avec la question climatique. Les profils les plus défavorisés expriment majoritairement leur pessimisme en matière de travail et d’argent pour le futur.

Cependant, tou.te.s parlent de santé mentale. “C’était un gros tabou il y a encore 2 ou 3 ans !”, souligne Pauline. Avec la crise du covid, les jeunes ont eux-mêmes pris davantage conscience de l’importance de la santé mentale. Dans le monde, le suicide est la 3ème cause de décès chez les 15-19ans (OMS). En France, le suicide représente 16% des décès chez les 15-25 ans (Fondation de France). Au début de l’année 2021 en France, les données montraient “une augmentation des passages aux urgences pour geste suicidaire, idées suicidaires et troubles de l'humeur chez les enfants de 11-17 ans” (Santé publique France). Dans les interviews, Pauline sent une sensibilité particulière des jeunes au cyberharcèlement.

Par ailleurs, les jeunes expriment leur manque de confiance en soi, leur défiance parfois envers les professionnel.le.s qui travaillent auprès d’eux, mais aussi le manque de confiance qu’on leur accorde. Certain.e.s évoquent l’école qui “casse la confiance en soi”, d’autres évoquent un sentiment d’infantilisation de la part des parents et de l’école.

“Une jeune femme m’a marquée. Elle m’a dit que si on y réfléchissait bien, dans la scolarité, on nous demande 2 fois notre avis : dans quelles sections on s'oriente au lycée [ou quelles options on choisit aujourd’hui], et encore, ça dépend un peu des parents, et quelle LV2. Elle caricature bien sûr, mais le fait est qu’on demande peu l’avis des élèves.”

Un public exigeant et engagé

L’accès à l’information, démultiplié par les réseaux sociaux et l’internet en général, rend les jeunes bien plus exigeant.e.s en terme d’informations et d’explications : “la réponse “c’est comme ça” n’est pas du tout entendable pour les jeunes que nous avons interviewés.”. Comme souligné dans le rapport soumis au ministre, les 2 co-porteuses de la mission recommandent de mettre à disposition des publics les connaissances, les informations et les outils grâce auxquels les jeunes pourront, en autonomie, se prendre en charge et prendre soin de leurs proches. Les retours et solutions partagés sont disponibles ici.

“Peu importe les générations que nous avons interviewées, (...) ils [les jeunes] ont une ambition très, très forte pour la société. Ils veulent l’améliorer, ils veulent s’engager. Ils sont très au courant de plein de sujets ! (...) En interview, ils t’apprennent beaucoup de choses ! Avec les réseaux sociaux, notamment YouTube, ils vont chercher l’info, ils sont curieux.”

Par ailleurs, les jeunes interviewé.e.s réclament des parcours - scolaires et professionnels - plus personnalisés, qui répondent à leurs besoins, pour “casser les silos” et “construire une société plurielle”. A la fois très pragmatiques et rêveur.euse.s, les jeunes sont aussi ambitieux.euses : “ils se permettent encore de rêver et d’avoir de l’ambition pour la société et pour l’améliorer.

Selon Pauline Martinot, dans tous les questionnaires, les jeunes réclament plus d’autonomie, et le droit et les moyens de s’engager le plus tôt possible. “Pour eux, il n’y a pas d’âge pour s’engager. Certains nous disaient qu’ils avaient de supers idées en CE1 pour leur école ou leur quartier mais qu’on leur disait d’attendre leurs 18 ans pour commencer à apporter et porter des solutions.


La santé des jeunes : un sujet profondément interdisciplinaire


Pour mettre en place la promotion de la santé auprès des jeunes, il est essentiel de s’appuyer sur l’ensemble des professionnel.le.s - leurs connaissances, leur expérience du système, etc - qui œuvrent dans plusieurs domaines et à différents niveaux sur l’application des politiques publiques de santé pour les jeunes. Du côté des professionnel.le.s travaillant quotidiennement auprès de publics jeunes et ayant répondu aux interviews proposées par l’équipe du projet, c’est le manque de cohésion et de collaboration qui est déploré. De l’ultra-local au national et à travers les domaines d'intervention auprès des jeunes, les expert.e.s réclament une meilleure coordination et un meilleur passage des informations. Des solutions existent et certaines sont transposables et/ou adaptables selon le lieu, l’échelle et le ou les domaine(s). Pour favoriser la collaboration et les échanges entre professionnel.le.s de tous les domaines concernés, le rapport de mission propose d’organiser des événements, des moments de partage et de travail interdisciplinaire.

A la suite de ces entretiens, le rapport insiste également sur la nécessité d’encourager les initiatives citoyennes et l'entrepreneuriat à impact pour et avec les jeunes. “Aider les jeunes à résoudre eux-mêmes leurs propres problèmes, c’est peut-être à nos yeux la meilleure des réponses, car c’est aussi leur proposer de se prendre en charge, de se sentir inclus dans la société et de devenir de véritables acteurs de la promotion de la santé.



Repenser la promotion de la santé auprès des jeunes, c’est changer le regard de notre société sur la jeunesse, c’est les impliquer dans les processus de construction et de décision et valoriser leurs propositions (iels n’en manquent pas !). Un engagement qui résonne avec celui du Learning Planet Institute.


Merci encore à Pauline Martinot pour cet entretien et ses retours sur l’engagement et la contribution de leur équipe en santé publique auprès des jeunes et des professionnel.le.s. !

Retrouvez le rapport de la mission ici et la synthèse de la mission ici.

En savoir plus sur les co-porteuses de la mission :

Pauline Martinot est médecin et doctorante à l’école doctorale FIRE. Au-delà de sa formation en médecine, elle est aussi et déjà à l’origine de 2 organisations pluridisciplinaires et indépendantes dans le domaine de la santé. La première, Imhotep, est une association qui communique sur la santé avec humour, avec précision (tous les messages sont basés sur des publications scientifiques) et avec beaucoup de créativité grâce à des équipes pluridisciplinaires (des professionnels de santé aux comédiens et standuppers !). La seconde, Les Ateliers Mercure, est un groupe de réflexion (“think tank”) en santé composé de jeunes professionnel.le.s, issus ou intéressé.e.s par les problématiques du système de santé français et proposant de nouvelles pistes et solutions.

Aude Nyadanu est fondatrice et présidente de Lowpital qui propose des formations et conseils auprès des acteurs.rices de santé dans leurs projets d’innovation.


Plus d’articles & de vidéos sur Pauline Martinot et ses engagements en santé :


[1] Définition de la santé par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) : “La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité.” : https://www.who.int/fr/about/governance/constitution

[2] En 2019, en France, 12,9 % des jeunes de 15 à 29 ans ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation (NEET). Source : INSEE, 2019 https://www.insee.fr/fr/statistiques/5346969

Subscribe

Subscribe to our news

More news
★ santé santé #health phd youth mental health education fire doctoral school

No more news with the selected tags